La morbidité hospitalière : définitions et méthodes

1 - Qu’est-ce que la morbidité ?

Ce texte reprend un encadré de l’article de Catherine Sermet, Maître de recherches au CREDES, « De quoi souffre-t-on ? Description et évolution de la morbidité déclarée 1980-1991 », publié dans la revue solidarité santé, études statistiques, n°1 janvier-mars 1994, ministère des Affaires sociales, de la santé et de la ville, Service des statistiques, des études et des systèmes d’information

La morbidité d’une population se définit comme étant le « nombre de personnes malades ou le nombre de cas de maladies dans une population déterminée, à un moment donné » [1]. On distingue habituellement plusieurs types de morbidité [2] :

- une morbidité diagnostiquée qui correspond aux affections diagnostiquées et traitées par le corps médical, chez des individus ayant eu recours à des médecins ;

- une morbidité dite ressentie qui recouvre l’ensemble des affections, des troubles réels tels que les individus les ressentent et les interprètent, dont un sous-ensemble constitue la morbidité déclarée ;

- enfin, la morbidité infra-clinique ; ce sont les affections dont on ne peut encore déceler l’existence, faute de signes cliniques ou de moyens d’investigation suffisamment sensibles ;

- l’ensemble constitue la morbidité réelle, comprenant la totalité des affections existant chez un individu, connues ou non de lui, diagnostiquées ou non.

Enfin, ces définitions doivent être précisées dès que l’on s’interroge sur la signification du « moment donné » et on est donc amené à considérer deux types de mesures de la morbidité [1] :

- la morbidité prévalente : il s’agit du nombre de cas d’une maladie donnée ou de personnes atteintes de cette maladie ou de tout autre événement morbide (accidents ou suicides par exemple), existant dans une population déterminée à un moment donné, sans distinction entre les cas nouveaux et les anciens ;

- la morbidité incidente : il s’agit du nombre de nouveaux cas d’une maladie donnée ou des personnes qui sont atteintes de cette maladie, pendant une période donnée, dans une population déterminée.

Les différentes composantes de la morbidité réelle

Les différentes composantes de la morbidité réelle

[1] JAMMAL A., ALLARD R., LOSLIER G., Dictionnaire d’épidémiologie, 1988, Edisem/Maloine

[2] BRUCKER Gilles, FASSIN Didier, Santé publique, 1989, Ellipses

La morbidité recueillie par l’intermédiaire du PMSI est une morbidité diagnostiquée. Elle représente une morbidité incidente aiguë en nombre de cas (un même patient peut avoir été atteint plusieurs fois dans l’année par la même pathologie aiguë) pour les maladies ou événements morbides « aigus » donnant toujours lieu à un recours hospitalier lors de leur survenue, comme par exemple, la fracture du col du fémur.

2 - Présentation de la source PMSI :

Le programme de Médicalisation des Systèmes d’Information (PMSI) est un système de mesure de l’activité hospitalière en termes médico-économiques. Il consiste, pour chaque séjour dans un établissement de santé, en un enregistrement standardisé reposant sur la collecte d’un nombre restreint d’informations administratives et médicales.

Les informations sont codées selon des nomenclatures et des classifications standardisées. Les données ainsi collectées font ensuite l’objet d’un classement en un nombre volontairement limité de groupes de séjours présentant une similitude médicale et un coût voisin.

3 - Les maladies et leur codification :

Les diagnostics, un principal et des associés, recueillis à l’occasion de chaque séjour sont codés avec la Classification Internationale des Maladies (CIM) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans sa 10ème révision (CIM 10).

Cette information permet d’analyser les maladies motivant les recours hospitaliers. Les résultats de « morbidité hospitalière » présentés dans les tableaux reposent sur l’exploitation du diagnostic principal défini, à la fin du séjour du patient, comme étant celui qui a mobilisé l’essentiel de l’effort médical et soignant. Ils concernent les séjours effectués dans les unités de soins de courte durée MCO (Médecine, Chirurgie, Gynécologie-Obstétrique) des établissements de santé publics et privés.

Les résultats sont structurés par deux listes de maladies :

- La première, constituée par les maladies notées en gras dans l’écran de sélection, correspond aux chapitres de la CIM. 
Les chapitres I à XVII ont trait à des maladies et autres entités morbideset le chapitre XIX aux traumatismes et empoisonnements ;
Le chapitre XVIII couvre des symptômes, signes et résultats anormaux d’examens cliniques et de laboratoire ;
Le chapitre XXI « Facteurs influant sur l’état de santé et motifs de recours aux services de santé » permet d’expliquer les recours de personnes qui ne sont pas malades (examens de dépistage en cas d’antécédents familiaux de maladies par exemple) ou les circonstances dans lesquelles le malade reçoit des soins à ce moment donné.
Le chapitre XX « Causes externes de morbidité et de mortalité » qui permet de classer les causes externes des maladies et entités morbides n’est pas utilisé par le PMSI.

- La seconde, incluse à l’intérieur des chapitres, est constituée par des regroupements de codes détaillés de la CIM, « homogènes » en termes de contenu. Cette liste ne permet de décrire les chapitres qu’en partie car elle n’est pas exhaustive.

4 - Définitions et méthodes de calcul :

Séjours

Définition : Les séjours dans les services de soins de courte durée MCO(médecine, chirurgie, gynécologie- obstétrique ) des établissements de santé sont affectés au lieu de résidence du patient.

Age

Définition : L’âge du patient est un âge en années révolues calculé à l’entrée.
Méthode de calcul :
Age = date d’entrée (JJMMAAA) - date de naissance (JJMMAAAA).

Durée moyenne de séjour

Définition : La durée moyenne de séjour (DMS) est le nombre de journées d’hospitalisation dans l’année (pour une pathologie donnée) rapporté au nombre de séjours (pour cette pathologie). La durée moyenne de séjour est calculée en excluant les hospitalisations inférieures à 24h programmées.

Méthode de calcul :
Durée moyenne de séjour (DMS) = nombre de journées d’hospitalisation dans l’année (pour une pathologie donnée) rapportée au nombre de séjours (pour cette pathologie).

Taux brut de recours

Définition : Le taux brut de recours est égal au nombre de séjours hospitaliers annuels rapporté au nombre d’habitants.
Méthode de calcul :
Taux = (nombre de séjours par tranches d’âges / nombre de résidents par tranches d’âges) x 1000
Autre(s) appellation(s) : Taux spécifiques.

Taux comparatif de recours

Définition : Le taux comparatif de recours est le taux de recours "attendu" dans la région ou le département, si sa population avait la même structure d’âge qu’une population de référence (ici l’estimation localisée de population au 1er janvier 1990 rétropolée à partir du recensement 1999, France métropolitaine, les deux sexes regroupés en 11 tranches d’âges).

Méthode de calcul :
Taux comparatif de recours dans la région ou le département j = ∑ PiTji pour 1 ≤ i ≤ n

Avec i : indice de la classe d’âge
n : nombre de classes d’âges
j : indice de la région ou département
Pi : part de la classe d’âge i dans la population de référence
Tji : taux de recours observé dans la région ou le département j pour la classe d’âge i

Autre(s) appellation(s) : Taux standardisé.

Indice comparatif de recours

Définition : L’indice comparatif est égal au nombre de séjours réel rapporté au nombre de séjours attendu. Le nombre de séjours attendu tous âges est obtenu en appliquant à la population considérée par tranches d’âges les taux de recours par tranche d’âges d’une population de référence (ici les taux spécifiques par sexe et tranches d’âges, France entière, de l’année considérée).
Méthode de calcul :
Indice comparatif= (nombre de séjours réels tous âges / nombre de séjours attendus tous âges) x 100

5 - Mises en garde :

L’unité de compte :

L’unité de compte est le séjour en soins de courte durée MCO (médecine, chirurgie, gynécologie-obstétrique) et non le patient.

Sont exclus du champ de l’étude :

- Les nouveau-nés restés auprès de leur mère et n’ayant, de ce fait pas donné lieu à l’ouverture d’un dossier administratif (dits « nouveau-nés non hospitalisés ») .

- Les venues en hospitalisation inférieure à 24 heures pour des traitements réalisés en séances (chimiothérapies, radiothérapies…)

- Les unités de soins de courte durée MCO des hôpitaux locaux et des établissements de santé dont l’activité principale ne relève pas des soins de courte durée MCO (hôpitaux psychiatriques, établissements de soins de suite et réadaptation…)

- Les établissements à tarif d’autorité (« établissements non conventionnés »)

Les données présentées sont des données redressées :

Les bases présentent deux sortes de défauts d’exhaustivité :

- Le premier est lié à l’absence, dans la base, des établissements sous dotation globale, hôpitaux publics et établissements privés non lucratifs participant au service public hospitalier (PSPH) ayant moins de 100 lits MCO.

- Le second concerne quelques établissements privés sous contrats avec les Agences régionales de l’Hospitalisation (ARH) dont l’activité n’est que très partiellement (moins d’un séjour sur deux) ou pas du tout représentée dans la base PMSI disponible.

La DREES effectue un redressement statistique de ces défauts d’exhaustivité permettant de réaliser des exploitations de la base représentatives de l’ensemble des unités de soins de courte durée MCO.

Le double codage du diagnostic principal :

En cas de double codage possible du diagnostic principal selon les axes étiologie (maladie généralisée initiale) et manifestation clinique (manifestation localisée à un organe représentant en elle-même un problème clinique), le PMSI MCO, instrument médico-économique de mesure de l’activité, retient la manifestation clinique ; ainsi, par exemple, en cas d’hospitalisation pour rétinopathie diabétique, le code CIM10 du diagnostic principal sera H36.0 (rétinopathie diabétique) qui appartient au chapitre VII « Maladies de l’ ?il et de ses annexes » et non pas un code de diabète sucré avec complications oculaires (E10 à E14 suivant le type de diabète avec le quatrième chiffre égal à 3) appartenant au chapitre IV « Maladies endocriniennes, nutritionnelles et métaboliques » ; toutefois, ce dernier code est, en principe, noté en diagnostic associé.

La ventilation des séjours :

La répartition par sexe de la ventilation des séjours par durée n’est pas disponible. Il en est de même pour la durée moyenne de séjour.

Taux comparatifs et indices comparatifs :

Les taux comparatifs et les indices comparatifs n’existent que pour la France Métropolitaine.